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Press release

Une crise sanitaire, sociale et économique révélatrice des antagonismes de classes et de genre dans notre société

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Published on: 02.07.2020

La crise structurelle du système capitaliste accentuée par la pandémie du Covid19 a encore accentué les clivages de classes et de genre présents dans notre société. Cette crise a révélé le désastre de 30 ans de politiques néo-libérales en Europe comme dans le monde : pénurie de lits dans les hôpitaux, pénurie de masques, pénurie de médicaments et brevets dans les mains des entreprises pharmaceutiques répondant aux seuls intérêts des dividendes de leurs actionnaires au détriment de la santé pour tous.

La privatisation des soins de santé a montré de façon manifeste les conséquences dramatiques de la marchandisation de la vie. Nous avons vu comment des milliers de personnes âgées sont mortes dans des résidences gériatriques privées parce que les intérêts économiques ont prévalu sur ceux de la vie humaine.

Selon des chercheurs, l’impact de la pandémie affecte les femmes de différentes manières, soit en augmentant la violence domestique ou en réduisant les salaires, certaines femmes réduisant leur temps de travail salarié pour assumer de nouvelles responsabilités domestiques.

Avec le coronavirus les femmes ont été en première ligne pour lutter contre la pandémie. Elles ont fait tenir notre société, au risque de leur vie : les aides à domicile, aides-soignantes, caissières, infirmières, travailleuses sociales…sans oublier les boulangères, travailleuses en usine, agentes des services publics, médecins, agricultrices…tous ces métiers dans lesquels les femmes sont concentrées à plus de 70% (santé, social, services, éducation) qui sont dévalorisées, sous-payées.

Occupant les emplois les plus précaires dans la société, les femmes ont subi de plein fouet le chômage partiel, le risque de perdre leur emploi et le télétravail forcé malgré l’absence de prise en charge de leurs enfants. Les femmes étaient déjà les premières victimes de la pauvreté en Europe. Parmi elles, les familles monoparentales constituées à plus de 80% de femmes et qui encourent un risque de précarité et de pauvreté aggravé. Aujourd’hui l’ONG OXFAM estime à 500 millions le nombre de personnes dans le monde pouvant tomber dans la pauvreté, parmi elles, majoritairement des femmes.

La pression que les femmes subissent s’est encore aggravée. Les nouvelles formes de travail imposées, extensibles et au détriment de la séparation entre vie professionnelle et privée ont conduit à une explosion des nouvelles formes de harcèlement psychologiques et sexuels en ligne et hors-ligne pendant la période. Elles ont aussi mis au jour la fracture numérique et l’inégalité d’accès à un espace de travail possible au sein du foyer. L’immense majorité des entreprises et des administrations publiques n’ont mis en place aucune mesure pour contrer ces phénomènes.

Devant continuer à prendre en charge la plus grande partie des tâches domestiques et l’éducation des enfants pendant cette période, les femmes ont encore vu leur charge mentale s’accroitre passant souvent d’une double à une triple journée de travail.

Si les mesures néo-libérales s’accentuent, les femmes seront les plus touchées à tous les niveaux. Les études existantes montrent déjà à quel point le déficit de temps libre et le fardeau des soins ont un impact négatif sur la santé physique et mentale des femmes.

Le confinement a également été marquée par une explosion des violences sexistes et intrafamiliales de l’ordre de 30% dans plusieurs pays européens dont la France. En tout, ce sont plus de 243 millions de femmes âgées de 15 à 49 ans qui ont été victimes de violences sexuelles et/ou physiques dans le monde au cours des 12 derniers mois.

En Europe, des millions de femmes et de mineurs sont victimes de l’exploitation sexuelle et de la traite. Pendant la pandémie, ces personnes ont été encore plus invisibilisées et vulnérables car confinées avec leurs proxénètes. Il est urgent de rendre visible et d’élaborer un plan européen à l’encontre de ceux qui bénéficient de la marchandisation des corps des femmes (exploitation sexuelle, trafic et traite, grossesses pour autrui et pornographie). Nous demandons instamment des actes forts pour garantir à ces femmes les pleins droits de citoyennes, leur liberté de mouvement, ainsi que des politiques leur permettant de sortir de cette situation d’exploitation et d’esclavage.

Au cours de cette période, nous avons pu observer avec une grande inquiétude les inégalités structurelles d’accès aux soins de santé dans notre société. Le virus a eu un impact disproportionné sur les femmes pauvres, noires et asiatiques (BAME). La situation des femmes migrantes sans droits de citoyenneté reste également extrêmement préoccupante, la fermeture des centres les plaçant dans une position de vulnérabilité encore plus forte.

Cette crise a également montré le manque criant de solidarité au niveau européen. Pire encore, un certain nombre de gouvernements se servent aujourd’hui de la pandémie pour revenir sur les engagements écologiques mais aussi sur les droits fondamentaux des travailleurs et des femmes.

C’est le cas de la Pologne qui remet de nouveau en cause le droit à l’avortement ou de la Hongrie dont le gouvernement d’extrême droite multiplie les actions machistes et racistes. Les politiques migratoires de l’Union Européenne, les atteintes au droit à la mobilité, au droit international et aux Conventions de Genève avec la construction d’une Europe Forteresse, toujours plus militarisée et belliciste contribuent à la mise en place d’une insécurité globale et à une explosion des inégalités.

Nous ne paierons pas leur crise !!!

Si les femmes avaient arrêté de travailler, le monde se serait arrêté et nous n’aurions pas pu surmonter cette épidémie! Nombre d’entre elles y ont laissé la vie.

Nous refusons de servir de variable d’ajustement pour servir les intérêts du grand patronat et de la finance au détriment des intérêts des travailleurs et des peuples. On nous propose aujourd’hui une « génération sacrifiée » avec une augmentation exponentielle du chômage et de la précarité. Cela toucherait encore plus durement les jeunes et les femmes sans rien résoudre à la crise systémique du système capitaliste. Au contraire, la société que nous devons construire aujourd’hui doit être libérée du joug de la domination patriarcale et capitaliste avec comme seul objectif celui de l’égalité et de l’émancipation humaine.

Nous exigeons un plan d’urgence au niveau européen et mondial pour :

– Mettre fin aux mesures d’austérité et aux plans d’ajustement structurels et initier un investissement massif dans les services publics, en particulier la santé, l’éducation, l’attention à la dépendance et aux soins, les transports, et la recherche afin de répondre aux besoins des populations, permettre aux femmes de ne plus souffrir de la double, voire de la triple journée de travail et réellement permettre l’indépendance, l’égalité et l’émancipation de tous et toutes.

– Maintenir et développer les emplois existants en subventionnant et en garantissant des salaires à taux plein, en particulier pour les femmes confrontées à des taux de chômage plus élevés – au lieu de promouvoir et de subventionner les réductions d’emplois et de salaires par la mise en œuvre de programmes à “temps partiel”, de “chômage partiel” ou de « suspension des contrats de travail », selon la recette néolibérale suivie dans certains pays, dont la Grèce

– S’assurer que toutes les politiques et tous les fonds nationaux et européens pour lutter contre les conséquences de la crise aient une dimension de genre claire

– La participation accrue des femmes aux comités créés pour faire face à la pandémie, une demande adoptée par l’ONU après avoir constaté que, bien que les femmes soient les plus vulnérables aux effets sociaux et économiques de la pandémie, elles sont les grandes absentes de ces commissions spéciales.

– Un système de santé public, solidaire et universel doit être généralisé en Europe comme un système de sécurité sociale universel et public. Le secteur des soins est essentiel car ils sont nécessaires tout au long de la vie. Les gouvernements doivent assumer leurs responsabilités et ne pas les laisser reposer sur les épaules des femmes, le plus souvent soumises aux emplois précaires et irréguliers.

– L’accès aux soins comme le droit à disposer de son corps ce qui inclus les droits génésiques, reproductifs, à la contraception et à l’avortement doit être garantis y compris par un rallongement du délai pour se faire avorter, le développement d’infrastructures publiques et universelles de santé et une prise en charge par la sécurité sociale à 100%.

– Aujourd’hui près de 30 % des femmes de l’UE travaillent à temps partiel et elles sont beaucoup plus susceptibles d’arrêter de travailler pour s’occuper des enfants et des parents. Nous demandons une revalorisation globale des salaires notamment dans les secteurs les plus féminisés de la santé, de l’éducation et des soins et une sécurisation des parcours professionnels.

– Afin de permettre aux femmes de ne plus occuper les postes les plus précaires et les temps partiels et de contrer le chômage de masse, nous prônons une baisse globale du temps de travail, sans réduction des cotisations sociales, mais en gardant des salaires à taux plein.

– Le télétravail, qui est devenu une arme à double tranchant, devrait être réglementé pour l’empêcher de devenir le travail à temps partiel du 21e siècle. Le télétravail, choisi comme l’une des mesures pour limiter la propagation du COVID-19, selon toutes les indications, tend à acquérir à l’avenir un caractère plus permanent au marché du travail. Il pourrait affecter gravement les conditions de travail, en particulier des femmes, avec des horaires extensibles, en les poussant à rester exploitées à la maison tout en assumant en même temps les soins et tâches domestiques. Il est urgent de prendre des mesures pour se conformer à la loi en renforçant les contrôles sur le respect des horaires de travail, en promouvant des conditions de travail saines et sécurisées et des temps de de repos conformément au droit du travail.

– Les femmes de l’UE gagnent en moyenne près de 15 % de moins par heure que les hommes, et cela n’a pratiquement pas évolué ces 10 dernières années. Cet écart est encore aggravé au niveau de la retraite pour laquelle les femmes gagnent en moyenne 40% de moins que les hommes. L’égalité salariale doit être une priorité absolue y compris par la mise en place de normes nationales, européennes et internationales contraignantes à destination des entreprises.

– Partout en Europe les familles monoparentales sont plus exposées à la pauvreté et à la précarité que les autres familles. Le cas des mères célibataires est particulièrement préoccupant, nous demandons une protection sociale accrue, une augmentation des allocations familiales et un accès garantis aux services publics et notamment au logement afin de leur permettre de vivre et d’élever leurs enfants dignement. Nous demandons des mesures d’urgences pour protéger et sécuriser la vie des femmes les plus pauvres et en situation de vulnérabilité, notamment les familles monoparentales.

– Nous demandons instamment des politiques ambitieuses à destination des groupes les plus vulnérables tels que les réfugiés, les migrants, les Roms, etc. en légalisant leur situation, en permettant leur intégration sur le marché du travail et en leur garantissant l’accès aux soins de santé, aux traitements et à la sécurité sociale.

– Nous le savons, suite au confinement la natalité pourrait augmentée. Non réclamons la « clause de l’européenne la plus favorisée », afin de permettre le nivellement des politiques vers les standards existants les plus hauts, avec un congé maternité bien rémunéré et un alignement de sa durée sur celle des pays nordiques. Nous demandons également la mise en place d’un congé paternité obligatoire et non transférable.

– Le harcèlement au travail s’est encore accentué dans la dernière période. Si les femmes participant à l’économie informelle (soins à domicile, travailleuses domestiques, travailleuses agricoles), ce phénomène touche toutes les sphères de la société. Du demandons la mise en œuvre des conventions 190 et 189 de l’Organisation internationale du travail (OIT), afin de renforcer les droits des travailleurs, en particulier des femmes, avec comme objectif de mettre fin à l’économie informelle.

– Au cours de la dernière période, l’immense majorité des entreprises et des institutions publiques n’ont mis en place aucune mesure pour lutter contre les nouvelles formes de harcèlement. Nous réclamons un audit externe et indépendant généralisé dans tous les lieux de travail contre les formes anciennes et nouvelles de harcèlement, notamment en mettant en place des enquêtes sur les conditions de travail pendant la dernière période, des cours de formation obligatoires contre le harcèlement sexuel et moral, et la mise en place d’un numéro d’urgence et d’un suivi pour les victimes de harcèlement.

– Un véritable plan de financement pour sortir les femmes des violences machistes et sexuelles et leur permettre d’obtenir une aide matérielle et morale d’urgence avec un accès au logement, à un suivi psychologique et financier et à un accompagnement vers une indépendance financière

– A ce titre, une aide particulière doit être mise en place pour les femmes les plus vulnérables, victimes de la traite et de l’exploitation sexuelle pour leur permettre d’obtenir les soins et la sécurité nécessaire à leur sortie de l’exploitation sexuelle.

La Covid19 a montré que les femmes étaient essentielles pour sauver des vies. Elles sont à l’avant garde pour lutter contre la pandémie. Nous exigeons des plans de choc au niveaux national et européen afin de garantir notre droit à vivre dans la dignité, l’égalité et à l’abri des violences. Nous continuerons à nous mobiliser pour briser le patriarcat et le système capitaliste!

Groupe de Travail Féminisme du Parti de la Gauche Européenne
2 juillet 2020